UN ARCHEVÊQUE NÉ ET MORT À CAPBRETON


Monseigneur Soulé (1827 - 1919)

 

Un drôle de paroissien ! 

Une des curiosités de l'église de Capbreton est constituée par les plaques commémoratives qui courent sur trois rangs le long de la nef, portant les noms de plus de mille morts depuis 1533 jusqu'en 1752 et qui sont inhumés dans l'église. Ce ne sont pas des ex-voto mais le livre des registres des sépultures qui est lisible sur ces murs.


Par la suite les inhumations continuèrent de loin en loin jusque vers 1778, date à laquelle ce droit ne fut plus accordé que sur dispense aux ecclésiastiques.
Et la loi du 22 prairial au XII (11.06.1804) abolit totalement l'usage de toutes les sépultures dans les lieux de culte.


Pourtant nous avons de chaque côté de l'autel principal de l'église de Capbreton deux personnalités religieuses plus récemment enterrées :

 
- Mgr Soulé, ancien évêque de La Réunion et de la Guadeloupe, archevêque de Léontopolis, né et mort à Capbreton, repose devant l'autel de Saint-Joseph (transept gauche) 1827-1919.

- M. l'abbé Gabarra, chercheur érudit et historien local qui resta à la tète de la paroisse pendant 51 ans, enterré devant l'autel de la Vierge (transept droit) 1842-1925. C'est grâce à son impulsion que l'on doit la majorité des ?uvres d'art de l'église.


Ce sera à titre exceptionnel, grâce à des permissions spéciales de Monsieur le Ministre de l'Intérieur ?en dérogation aux prescriptions du décret-loi, en raison de l'avis favorable émis par le Conseil municipal et à la demande des familles "qu'ont pu être effectuées ces deux sépultures.
Si la personnalité de l'abbé Gabarra est bien connue des Landais par ses nombreux travaux d'historien, et surtout des Capbretonnais puisqu'il y exerça près de 51 années de sacerdoce ... on parle peu de Monseigneur Soulé. Des commentaires le concernant sont souvent réservés, voire obscurs.

C'est le regretté M. l'abbé Dubourdieu, ancien curé de Capbreton et passionné d'histoire locale qui a attiré mon attention sur lui en me montrant sur le sol attenant au mur extérieur de l'église les restes d'une dalle de ciment, vestiges d'un support de véranda, disparus de nos jours. C'est dans cette véranda, disait-il, que l'abbé Gabarra reléguait l'Archevêque pour qu'il y célébrât sa messe quotidienne en dehors de l'édifice.

Ceci était suffisamment surprenant pour que je veuille en savoir plus sur ce personnage.

Biographie. Extrait du registre des Baptêmes de Capbreton :

L'an mil huit cent vingt sept et le dix janvier est né (et le quatorze a été baptisé suivant les registres de l'évêché) Dominique Clément Soulé, fils légitime du sieur François Soulé, lieutenant des Douanes, 26 ans et de Dame Jeanne Félixine Dutilh, son épouse, 22 ans. Parrain M. Dominique Soulé et marraine Dame Marie Jourdain, qui ont signé avec nous."

Premier né, il sera suivi de deux soeurs et d'un frère.
Il serait né, (d'après des témoignages oraux), dans une maison donnant sur la place de l'actuelle Médiathèque Municipale, place Yan du Gouf, ( à gauche sur la photo).


On sait seulement que, lorsqu'il avait 9 ans en 1836 au moment du recensement, sa famille est indiquée comme habitant la maison dite « Jolie » et que c'était la maison de ses grand-parents maternels Dutilh.

 

 

 

 

 

Sa carrière.

Clément Soulé entreprend des études de séminariste, d'abord au Petit Séminaire d'Aire sur Adour, puis au Grand Séminaire de Dax.
Pendant ses études, et âgé de 20 ans, il "monte" à Paris. Un passeport daté du 14 septembre 1847, donne son signalement :

 

Taille 1mètre 65                     
Cheveux châtain foncé
sourcils idem
nez gros
barbe noire clairsemée
visage ovale
front étroit
yeux châtain foncé
bouche moyenne
menton rond
teint rembruni

 

Nommé sous-diacre le 30.03.1850, il a 23 ans, il est ordonné prêtre le 18.08 de la même année par Mgr. Lanneluc et nommé professeur au Petit Séminaire d'Aire sur Adour
Il enseigne pendant une année mais il semble appelé à d'autres horizons que ceux de la pédagogie. Mgr. Lanneluc l'appelle donc à l'évêché de Dax où il devient secrétaire particulier de l'évêque et son aumônier pendant six ans, de 1850 à 1856.
On le trouve ensuite secrétaire général de l'évêché en 1856. Avec l'arrivée d'un nouvel évêque Mgr. Epivent il devient chanoine honoraire, puis chanoine titulaire le 19.03.1865 jusqu'en 1876.

Evêque de Saint-Denis

A ce moment il a 49 ans. C'est alors qu'il reçoit l'investiture du titre d'Evêque de Saint Denis, île de la Réunion, par décret du I0 octobre 1876.

Or l'évêque de Dax, Mgr Epivent meurt à ce moment là et meurt également le vicaire capitulaire, l'abbé Duviella.
Mgr. Soulé remplacera ce dernier au 24.07.1876. Pour qu'ait lieu sa propre cérémonie d'intronisation il doit attendre qu'il y ait un nouvel évêque à Dax pour aller rejoindre son diocèse à la Réunion. Il passe ainsi sept mois supplémentaires dans la métropole avant que sa consécration ne soit faite, de la main de Mgr. Delannoy, le nouvel évêque sur le siège d'Aire, le 24.02.1877. L'abbé Laulom a décrit dans ?Mémoire des Landes? ; « ce sacre, qui était le premier depuis de longues année donna lieu à de grandioses cérémonies, illuminations, musiques, etc. .. »  De fait, on composa à son honneur une cantate intitulée ?Tressaille ô Sainte église d'Aire?... et Monseigneur peut maintenant porter le blason ci-dessous.
Cependant il lui faut partir à la Réunion, diocèse créé en 1851, dont il devient le quatrième évêque en succédant à Mgr. Delannoy .
On a la chance d'avoir une lettre pastorale écrite de France par Mgr Soulé par laquelle il s'annonce à ses future diocésains Réunionnais. En voici un extrait de style :
« Ne dirait-on pas que les habitants du bienheureux séjour, jaloux des splendeurs de votre sol, se sont disputés le bonheur de. le partager avec nous ?... »
St-Denis, le glorieux patron de la cité parisienne,
Sainte-Marie, la très auguste mère de Dieu,
St-Pierre; le chef de l'Eglise,
St-Paul, l'apôtre des nations,
St-Joseph; le Père de N. S, J. C.,
St-Louis, Roi de France, '
St-Philippe, St-André, St-Benoît; St-François, St-Dominique, Ste-Suzanne, Ste-Rose... (C'est un véritable cours de géographie que nous avons là !) ... Tous ces grands amis de Dieu, les voici ! Ils s'échelonnent, ils se partagent votre terre, ils montent sur les hauteurs, ils descendent vers les plages. Des sommets de Cialos et des gorges élevées de Salazie, du piton des Neiges et du piton des Fournaises, leurs noms célestes résonnent, les flots de leurs bénédictions coulent et débordent de toutes parts; comme les eaux salutaires de vos montagnes, leurs esprits pénétrant tout, travaillent incessamment à faire de vous un peuple d'élite, n'ayant qu'un c?ur et qu'une âme, sous l'empire de la vérité catholique et de l'amour divin. »
Ce discours, relevé dans ?l'Histoire Religieuse Anecdotique du Père Angelvin? et transmis par l'évêché de la Réunion était assurément de nature à gagner l'estime et la vénération des futures ouailles.
Il part pour son diocèse en mai 1877. Il a 50 ans. Il est reçu par tous, prêtres et fidèles, avec les plus grandes démonstrations de joie et de sympathie. Personne, évidemment, ne s'attendait à ce qui allait se passer.

Dans le livre ?Les diocèses coloniaux,? édition des Orphelins apprentis d'Auteuil qui a reçu l'Imprimatur en 1940 et m'a été également signalé par l'évêché de St Denis, on a davantage de détails sur les turbulences qu'il suscita à la Réunion où il resta quatre ans.

Ce court passage, bien loin de passer inaperçu, laissa des traces profondes, dans le plus mauvais sens du mot. Ce court espace de temps lui suffit pour bouleverser de fond en comble un diocèse qui, jusque-là, marchait très bien. Il mit partout un désordre complet. Les choses allèrent si loin que les deux autorités, civile et ecclésiastique, s'unirent pour le forcer à donner sa démission et il dut se retirer, honni à la fois par l'administration, par la population et surtout par le clergé.
On se demande, vraiment, par quelle aberration il prit à tâche de saccager son beau diocèse et cela sans aucun motif plausible car, quand il est arrivé, personne ne lui faisait opposition. Au contraire, tout le monde ne demandait qu'à marcher avec lui la main dans la main, comme on avait fait avec les trois évêques précédents. Il créa cette opposition lui-même, de toute pièce, d'une façon systématique. ... Il ne fut poussé par personne, car tout le monde lui donnait tort, le Gouvernement comme le clergé.
En moins de deux ans, ce fut un gâchis sans nom : toutes  les ?uvres tombées les unes après les autres, les curés changés presque tous sans rime ni raison, des curés de grosses paroisses nommés brusquement simples vicaires, des vicaires généraux cassés ou interdits, les congrégations religieuses troublées et brimées. Les anticléricaux se réjouissaient, les âmes pieuses étaient navrées, les gens sensés disaient : " C'est de la folie !".
Son premier conflit éclata avec les vicaires généraux. Quand il arriva, l'administration était aux mains de l'abbé Delgéry, un prêtre qui jouissait, dit-on, depuis plus de vingt-huit ans de l'estime générale. Mgr. Soulé n'eut, semble t'il qu'un désir : s'en débarrasser au plus tôt pour le remplacer par un de ses amis, qu'il avait emmené avec lui, l'abbé Dupérier.
L'abbé Delgéry n'ayant pas l'âge de la retraite ne voulait pas partir, mais « on lui rendit la vie tellement dure à l'évêché qu'il dut se retirer. Il démissionna, fut nommé curé, allant de paroisse en paroisse, sans cesse harcelé par son évêque. »
Il y avait aussi un collège de jeunes gens tenu par des pères du Saint-Esprit et un des premier soin de Mgr. Soulé fut de remplacer ces pères du collège par des professeurs improvisés, son ami l'abbé Dupérier et « d'autres prêtres, en rien préparés à cette nouvelle tâche, qui n'acceptèrent que pour l'aider . Comme cela créa un complet désordre et qu'il se montra à leur égard plein de tyranniques exigences, les enfants se retirèrent les uns après les autres » L'abbé Dupérier, ami de c?ur, choisi et amené avec lui, fut traité aussi mal que les autres, chargé de tous les maux, et fut remplacé par un autre prêtre du diocèse d'Aire, l'abbé Joseph Beaurredon, originaire de Saubrigues.
Il s'agit d'un érudit et d'un chercheur à l'intelligence brillante bien connu. Il a édité une étude sur des découvertes archéologiques à Pissos, puis des ?Etudes Landaises? éditées dans le Bulletin de la Société de Borda. Pourtant Beaurredon ne saura pas se faire accepter. Il faut dire que les dauphins de Monseigneur Soulé étaient, à la Réunion, précédés par principe d'une réputation inquiétante.
Quant aux vicaires généraux mis sur la touche, il passent bientôt pour des victimes et des héros, et les opposants, de plus en plus nombreux, ont soin de s'en servir amplement.
D'autant qu'après les vicaires généraux, ce fut le tour des curés. « Aucun curé n'était sûr de son poste. Des curés redevenaient vicaires, des vicaires devenaient curés, ils passaient d'une grande paroisse dans une petite, ou vice-versa, ils changeaient d'endroit sans savoir pourquoi, au gré des caprices de l'évêque : c'était le désordre en permanence et personne ne savait plus à quel saint se vouer. »
L'abbé de Belly, par exemple, dépossédé sans raison de sa cure est nommé vicaire. Rentré en France, il en appelé à Rome et lorsqu'on institue à cette occasion une enquête juridique, Mgr Soulé ne répond rien à la question de savoir pourquoi il a changé un curé sans motifs.
''Il accumulait littéralement les conflits dans tous les sens, et contre tout le monde. Et quand il se fut mis dans un imbroglio d'où il ne savait plus comment sortir, il accusait tout le monde excepté lui : le clergé colonial ne valait rien, le Séminaire Colonial qui le formait. n'était pas à la hauteur, la Congrégation du Saint-Esprit lui en voulait, etc., etc.
Le mécontentement allait grandissant. Les plaintes s'accumulaient à Rome et au Gouvernement. Les vicaires généraux, les curés, les aumôniers, les jésuites, les spiritains, les frères des écoles chrétiennes, les trois congrégations de religieuses, sans compter les laïques, tout le monde était excité. Finalement un rapport officiel fut remis à la Nonciature qui le fit parvenir à Rome. Il fut rédigé, au Séminaire Colonial, avec la collaboration de nombreux prêtres, des congrégations religieuses et des deux anciens évêques de la Réunion, Mgr Desprez et Mgr Delannoy. .
Le Saint-Siège et le Gouvernement étant d'accord, on le rappelle en France mais il s'y refuse. Voici l'extrait d'une de ses réponses:

?Ils sont bien variables, bien légers, bien athéniens, bien roux, bien bruns, bien noirs, mes chers enfants...Mais ils sont bien aimables; et même pour aller en France traiter de leurs intérêts spirituels, recruter des lévites et des prêtres, je ne sais pas m'en séparer pour un temps

Il ne lui restait pourtant plus qu'à donner sa démission, il n'y consentit pas facilement. Finalement on l'y obligea et il doit s'exécuter-
En effet, la démission de Mgr Soulé ?pour raison de santé? est du 30 novembre 1880, mais il ne quitta le diocèse qu'à la nomination de son successeur, en février suivant. Il a 54 ans.

 


Premier retour à Capbreton

Il rentre donc à Capbreton, son doux pays natal,  y achète une maison qui existe toujours, près de l'église, "le chalet Marie", qu'il léguera à son décès à sa gouvernante en attendant la construction de la sienne .
A cette époque, le prêtre attaché à la paroisse de Capbreton est l'abbé Jean-Baptiste Gabarra, célèbre et éminent érudit qui laissa de précieuses études sur l'histoire de Capbreton et qui y assura, rappelons le, un service de 51 ans. Il hérite d'un drôle de paroissien sur lesquels les commentaires sont déjà allés bon train dans les milieux ecclésiastiques et l'abbé Gabarra se prépare à une cohabitation délicate.
Jean-Baptiste Gabarra n'a que 38 ans mais il a déjà un tempérament d'exception. Convaincu qu'il reste maître dans son église, il fait rapidement bâtir pour Monseigneur cette véranda dont je vous parlais au début de mon exposé et qui avait piqué ma curiosité, accolée au mur extérieur de l'église. Elle était soutenue par des piquets de ciment dont il y reste des traces que l'on devine encore. C'est donc là que Monseigneur Soulé va dire sa messe, été comme hiver, pour la partie des pratiquants qui voulait le suivre, ce qui m'a été confirmé à l'évêché, avant d'en installer une sur le mur de sa maison définitive.
Mais Capbreton ne devient vite qu'un point d'attache. Monseigneur Soulé change à nouveau de cieux. Il est nommé chanoine au chapitre de Saint Denis en France (composé d'évêques retirés) et il ira ainsi prêcher de nombreux carêmes dans la région à Paris. On le retrouve aussi évangélisant au Canada en 1888. Son portrait ci contre est la photo d'un tableau vraisemblablement fait à Montréal.

Evêque de la Guadeloupe

Puis, en 1893, le Pape lui demande de partir, cette fois pour la Guadeloupe où il est nommé administrateur apostolique du diocèse de la Basse-Terre en mai 1893. Il a 66 ans et on sait qu'il restera en Guadeloupe 7 ou 8 ans. Il semble que tous les renseignements pouvant le concerner aient disparu en Guadeloupe.
Je suis en rapport avec l'abbé Barbotin de Guadeloupe qui, à la demande de son évêque collecte toute l'histoire des prédécesseurs et n'a pu trouver sur place aucun renseignements sur ce séjour.
On sait que Mgr. Soulé est resté en liaison avec l'abbé Beaurredon, son homme de confiance. Ce dernier est revenu à Saubrigues auprès de son frère qui y est curé. Il lui succédera et continue de publier. On a de lui, à cette époque, une étude sur ?l'abbé Destribats curé-doyen de Rion? de nombreux livres consacrés à l'étude du gascon, à ?l'enseignement primaire dans les Landes avant la Révolution?, une ?esquisse sur le sud-ouest Landais? ou sur ?la Commune de Tosse?. Il s'oppose malheureusement fortement à l'abbé Gabarra dans des querelles d'érudits qui dégénèrent en conflits.
La querelle est loin de s'éteindre puisque l'abbé Beaurredon revenu en métropole s'est, lui aussi vivement opposé dans ses écrits à l'abbé Gabarra curé de Capbreton. Un article que fait paraître Beaurredon en 1895 dans le Bulletin de la Sté de Borda et intitulé ?les témoins de Notre-Dame de Buglose? remet le feu aux poudres puisqu'il s'y déclare opposé aux thèses de M. Gabarra.. Monseigneur Soulé prend, bien sur, parti pour son disciple.

Retour définitif à Capbreton

L'ambiance est donc détériorée à l'avance lorsque Monseigneur Clément Soulé demande sa démission du poste de la Guadeloupe, toujours ?pour raison de santé,? Il y est, dit-il, ?de nouveau épuisé par la tâche?. De fait, nous sommes en 1901 et Monseigneur a bien l'âge de la retraite, 74 ans.

Il revient à Capbreton tout prêt de l'abbé Jean-Baptiste Gabarra puisque la vaste maison qu'il a faite bâtir et que nous connaissons comme l'actuelle Mairie de Capbreton. se trouve voisine de l'église et du presbytère.

 


Monseigneur Soulé y est secondé par sa gouvernante Marie Campet, originaire de Vielle Saint Girons, que tout le monde appelait «Mademoiselle Stéphanie ». (Elle habitait la villa "Emma" aujourd'hui démolie, à l'emplacement de la résidence ?Tanagra? près du groupe médical de l'avenue du Maréchal Leclerc.    
Les souvenirs que j'ai pu recueillir des vieux Capbretonnais actuels sont naturellement des souvenirs d'enfants. On dit que la gouvernante ?Stéphanie" avait la spécialité des tartes aux poires dont elle régalait les visiteurs. Ceux-ci se souviennent aussi qu'ils trouvaient à "La Maison de l'Evêque" quelque friandise. Monseigneur s'attirait les visites de ses jeunes voisins en leur réservant la première et la dernière hostie du paquet qu'il recevait : celles qui avaient touché le papier...

Et puis il est à nouveau question de véranda puisque, pour sa retraite, Monseigneur a prévu lui-même une autre plus confortable, accolée à sa nouvelle maison, à usage de chapelle.


La cohabitation fût manifestement houleuse entre ces deux fortes personnalités. L'écrivain Rosny jeune s'en est fait l'écho dans son livre ?La lutte pour la mer?. Les fidèles se sont partagés en un schisme digne de Clochemerle. Comme chacun des deux antagonistes est connu comme étant un orateur de choix, on se doute de ce que pouvait donner l'ambiance lorsqu'ils se transformaient en tribuns d'une porte de presbytère à l'autre, en s'emportant. On ne s'en étonnait plus, cela faisait partie du folklore.
D'autant que, chaque semaine et sans exception à la règle, Monseigneur, que d'aucuns décrivent comme un doux vieillard, prenait rang parmi les fidèles qui allaient se confesser à l'abbé Gabarra. Peu de temps se passait avant la nouvelle algarade qui ne manquait pas d'éclater...
Monseigneur Soulé va décéder à Capbreton après ?une longue et douloureuse maladie?, un lundi de Pâques vers
4 heures du matin, le 21 avril.1919. Il est alors cité "Archevêque de Léontopolis, (titre de complaisance m'a t'on dit à l'évêché de Dax. Il n'y a vraisemblablement pas de célébration de sacre, mais le titre est là ! )
Ancien évêque de la Réunion,
Primicier du Chapitre de Saint-Denis
Chevalier de la Légion d'honneur."


La semaine religieuse d'Aire et de Dax relate avec force détails la cérémonie qui nous fait revivre des rites oubliés où la procession mortuaire se faisait à pied à travers le village :
« Trois draps mortuaires étaient portés, le premier par les notables de Capbreton le Docteur Fernand Junqua-Lamarque, (par ailleurs apparenté par sa femme à Mgr. Soulé), Justin Thévenin...
Le deuxième par des curés, (l'abbé Gabarra devait être absent car il n'est pas cité),
Le troisième par des religieux et chanoines. Un piquet de soldats en armes escortait le chevalier de la Légion d'Honneur
La Sté de Secours mutuel, avec sa bannière, les enfants des écoles, des marins, des soldats... » (S.R.A.D. 02.05.1919.N°18).
Il devait y avoir aussi ses amis des sphères gasconnes. On se souvient qu'il a assisté en 1910 aux Jeux Floraux de Capbreton et que, dans ce cadre d'activités, il fréquentait entre autre Césaire Daugé, l'abbé écrivain.
Un détail émouvant m'a été confié par une Capbretonnaise qui se souvient de cette cérémonie. Il avait été spécifié que l'enterrement se ferait "sans fleurs ni couronnes". Pourtant les jeunes enfants cueillirent des violettes des bois pour en parsemer le cercueil en dernier hommage.

L'abbé Barbotin, de Guadeloupe, m'avait conseillé de regarder de près le registre paroissial, pour y rechercher quelque mot piquant ou au contraire un laconisme inhabituel. C'est pire encore puisque, non seulement Gabarra va bouder la cérémonie de l'enterrement mais, curieusement, il va omettre de le transcrire sur le registre !

C'est deux mois plus tard que la dépouille de Monseigneur sera inhumée dans l'église, St.Nicolas de Capbreton par une permission spéciale de M. le Préfet des Landes.

La "Maison de Monseigneur" sera reprise en Pension de Famille dite "de St.Nicolas" et tenue par un Russe, puis elle deviendra la Bibliothèque Municipale avant d'être la Mairie actuelle.
Les deux photos les plus récentes Mgr. Soulé âgé respirent la bonhomie. Elles cadrent beaucoup mieux avec les souvenirs que M. Darnet a pu recueillir dans sa famille et qui en font l'image d'un homme chaleureux qu'ils estimaient beaucoup.

Petit complément généalogique

- "Stéphanie" la gouvernante, de son vrai nom Marie Campet, va décéder à Dax le 28.01.1942. Elle avait fait un testament olographe le 12.06.1916 déposé en l'étude de M°GAUTHIER, notaire à Bordeaux par lequel elle léguait le chalet Marie et le jardin attenant à Mme Laulhier, Veuve DARNET.

- Un frère de Jeanne Félixine Dutilh est syndic des gens de mer

- Mariage des parents de Mgr ., le 11.04.1826 à Capbreton : "Sr François Soulé lieutenant des douanes 26 ans né à Bayonne. (Fils de Dominique Soulé vérificateur des douanes et de Dame Jeanne Cazenave de Bayonne) x Jeanne Félixine Dutilh 21 ans née à Capbreton, fille majeure de Jean Dutilh et de Mie Jourdain, propriétaires."


Recensement de 1836

Dix ans plus tard, lors du recensement de 1836 on trouve les Soulé dans le maison dite ?Jolie?. Dominique notre archevêque a alors 9 ans. Il vit avec sa mère Jeanne Dutilh 31 ans, ses frère et s?urs Eugènie 7 ans, Bernard 5 ans et Marie 4 mois et les grands parents : Jean Dutilh 70 ans et Mie Jourdain 65 ans, rentiers .Avec eux vit Jeanne Courtieux, domestique de 24 ans née à Orx, célibataire. Le père est absent, en service dans les douanes.

Ses frère et soeurs

Jeanne Eugènie, a épousé le 11.10.1852 Antoine Gracian Lafon, marin de 28 ans, né et habitant Capbreton. Le père est absent, en fonction à Lescun mais il donne son consentement par acte notarié du 26.09.1852. La mère est présente, les autres témoins sont Etienne Dutilh rentier de 46 ans, oncle au 1° degré de l'épouse et de Lacouture Prosper, propriétaire de 47 ans, beau frère de l'époux.

Le jeune frère, Bernard Soulé, connu sous le nom de Camille, né le 29.01.1831, fut assez actif dans la commune:
Membre du Conseil municipal en 1884 avec le maire Anatole de Saint-Martin, c'est lui qui organisa la Compagnie de Sapeurs Pompiers capbretonnaise. Il était aussi membre de la commission scolaire en 1885.
Il quittera Capbreton pour Concarneau (Finistère), épousera Nathalie BARBIUS, d'où naîtra au moins un fils, Joseph Marie Antoine, qui meurt au Tonkin le 10.06.1896, brigadier d'une batterie de marine.

 
Quant à la plus jeune s?ur, Marie, née le 2.09.1828, elle a laissé un souvenir édifiant. Lorsque le fossoyeur Nagouas dut ouvrir le caveau familial des Soulé pour effectuer une réduction des corps, il fut extrêmement ému de trouver intact le corps de Melle Soulé.
On en parla longtemps dans l'auberge du "Marin" qu'il tenait avec sa femme. Et il répétait souvent : "Nous avons vécu auprès d'une sainte, ?

 

 Je remercie  vivement Monsieur Pierre DARNET, de Marseille, collatéral de Mgr. SOULE, pour sa précieuse collaboration, ainsi que M. Philippe Soussieux, de Herm, pour son aide dans les illustrations.

Bibliographie

Archives de la Mairie de Capbreton
Archives de l'Evêché de Dax
Archives familiales de M. Pierre DARNET
Archives de M. Philippe SOUSSIEUX
"Semaine Religieuse d'Aire et de Dax"
Bulletins de la Société de Borda
Correspondance du Père BARBOTIN
Souvenirs de M. L'abbé DUBOURDIEU
"La lutte pour la mer" ROSNY jeune.
« Buglose » par M. l'abbé Cazaunau
« l'Histoire Religieuse Anecdotique du Père Angelvin » ...

Biographie résumée

Né le 10.01.1827 Capbreton. Sous diacre 30.03.1850 Prètre 18.08.1850
Professeur au petit séminaire d'Aire 1 an
Secrétaire particulier et aumônier de Mgr Lanneluc de 1850 à 1856
Secrétaire general de l'Evéché et Chanoine honoraire de 1856 à 1876
Chanoine titulaire le 19.03.1865
Vicaire général capitulaire le 24.07.1876
Nommé Evèque de Saint Denis (ïle de la Réunion) le 10.10.1876-80
Chanoine evêque de St Denis 1880
Evèque de la Guadeloupe
Archevêque de Léontopolis,  chevalier de la légion d'honneur,
Retiré à Capbreton où il est né et où il décède en 1919.

Anne-Marie BELLENGUEZ

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