TSUNAMI 26 décembre 2004

AU CREUX DE LA VAGUE

 par Jean Lartigue

 

- Le cauchemar

- Le rêve

- Dossier de presse

 

Alain Larrieu et Jean Lartigue: Le port de Capbreton soutient un village du Sri Lanka.

 

Le cauchemar

Le 26 décembre, alors que le monde entier vient de célébrer Noël avec plus ou moins de bonheur, ce bonheur auquel chacun aspire, mais qui n'est pas le même pour tous, suivant où l'on se situe sur cette planète, comme pour en apporter une preuve cinglante, un malheur venu des entrailles de la terre, frappe aveuglément toute une région de l'Asie du sud.

Le Sri Lanka, ex Ceylan, un petite île de la taille approximative du Portugal, considérée comme la perle de l'Océan Indien, se voit frappée à son tour par l'énorme vague qui a déferlé à partir de Sumatra, lieu de sa formation, en direction du Pacifique ouest.

L'impact est terrible, malgré la distance, la vague atteignant ici les cinq mètres soit cinq tonnes au mètre carré. La côte, extrêmement plate, n'offre que peu de résistance à l'avancée de l'eau à l'intérieur des terres comme nous avons pu le constater plus tard alors que toutes les images télévisées donnaient une vision plus restreinte, limitée à la bande littorale.

Paradoxalement, et alors que nous pensions Alain LARRIEU et moi, que seule la côte est, directement exposée au phénomène, avait été frappée, lors de notre transfert en taxi de l'aéroport de COLOMBO, situé à l'ouest de l'île, vers notre destination à l'extrême sud, nous avons été frappés de constater que la vague avait littéralement enroulé la région sud du Sri Lanka au point d'occasionner autant de dégâts sur des zones à priori abritées.

J'avais dans un premier temps déploré le fait de n'avoir pu amener une caméra pour filmer, alors que nous parcourions les cent cinquante kilomètres qui nous conduisaient à MIDIGAMA. En effet, avec mon appareil numérique, le temps de la mise au point, ce que j'aurais voulu fixer sur mon objectif était déjà loin derrière. Et pas question de s'arrêter, les quatre heures trente de transfert s'avérant assez pénibles à supporter bien que le taxi soit climatisé (température extérieure avoisinant les 40° à l'ombre).

 

En fait, la caméra s'avéra inutile dans le sens où il suffisait de photographier un endroit, et de le multiplier par sept cent cinquante kilomètres de côte. La même vision tout au long du parcours avec chaque fois une impression de déjà vu. Tout simplement parce que le rivage, hormis quelques demeures plus ou moins cossues et de modestes hôtels, est occupé par les cabanes des pêcheurs.

 

Ils peuvent ainsi, non seulement surveiller leur bateau devant la cabane et les filets, mais aussi prendre facilement la mer pour aller travai1ler. De plus, au retour, ils n'ont pas à transporter le résultat de leur pêche (ils n'ont pas de véhicules, et encore moins réfrigérés). II est mis en vente sur la table au bord de la route, entouré d'une volée de mouches (preuve s'il le fallait qu'il est frais et bon).

 

Cela ne nous a pas empêché d'en acheter pour l'amener à préparer chez nos hôtes qui se faisaient un plaisir de nous l'accommoder à plusieurs sauces, toutes meilleures les unes que les autres. Ainsi, Alain, son épouse Josyane, et moi-même avons savouré par deux fois du thon, mais aussi des chipirons, farcis ou bien au curry. Il faut dire que la population, bouddhiste à soixante seize pour cent, se nourrit surtout de riz et de poisson, outre le fait que le propre de la nourriture de toutes les îles du monde provienne de la mer environnante.

Ce qui nous amène au triste constat, que non seulement la majorité des victimes se trouvait parmi les pauvres gens, que leurs cabanes n'offraient que peu de résistance, qu'ils ont peu d'audience pour se taire entendre, et que ce ne sont pas les cinq cents roupies ( 4 euros) royalement attribuées par leur gouvernement chaque mois pour nourrir leur famille qui vont
leur permettre de se reconstruire, alors que chacun sait que, du fait de la solidarité internationale, les caisses du SRI LANKA regorgent d'argent.

C'est dans ces conditions, qu'un jeune, qui je l'espère aura les honneurs de toute notre cité, a fait appel à nous.

Il s'appelle, retenez bien son nom, Yannick POIRIER.

Il est d'origine bretonne, mais a choisi notre région pour assouvir sa passion pour le surf. Il est parti il y a cinq ans ouvrir une école de surf à MIDIGAMA, mais comme les temps sont durs, il revient tous les ans faire la saison chez nous. Ainsi il a travaillé au C.E.R.S, chez LABAT-MERLE, à SEIGNOSSE le Penon, où il tient une guitoune sur la plage, en face des piscines. On le connaît au Café de la Gare chez Riri, le vendredi soir où il retrouve ses « potes ». Bref, un gars très ordinaire, aujourd'hui converti au bouddhisme, mais qui a un coeur ENORME. Il a monté une association: « Aidons MIDIGAMA ». Il a récolté des dizaines de milliers d'euros pour les projets qu'il développe sur place. Pourtant, cet été encore, il arrive au mois de mai à SEIGNOSSE pour se GAGNER les trois euros qui vont lui permettre de vivre une année au SRI LANKA.

Avec Alain, nous avons pu mesurer son dévouement, son désintéressement, mais aussi les risques qu'il encourt avec les gens qu'il ne peut satisfaire et qui sont agressifs envers lui. Il ne peut à lui tout seul soulager la misère de ce peuple.

Preuve de son engagement, il a servi de guide à T F 1. « Des racines et des ailes » va prochainement lui consacrer une émission (à une semaine près, nous devions y participer avec Alain LARRIEU). C'est ce petit bonhomme qui s'est tourné vers nous, ces landais au grand coeur qui ont su l'accueillir dans cette belle région où il aime tant venir se ressourcer. C'est à lui qu'Alain, Président local du Secours populaire, a fait confiance, en mettant son urne à la Mairie.

C'est à la suite de cette initiative que l'ensemble des forces vives de CAPBRETON, puis des communes du SIVOM Côte-sud, se sont mobilisées. Notre intervention sur FR3, puis dans toute la presse écrite, a permis de faire connaître le projet qui, en tant que port, nous tenait à coeur, à savoir, la construction de bateaux pour les victimes du tsunami. Les dons sont alors parvenus de tout le Sud-ouest, de particuliers, d'écoles comme le LEP Louis DARMANTE de CAPBRETON, le lycée agricole de MUGRON, ANDOINS près de PAU, de la maternelle de SElGNOSSE. La présentation, mais surtout le suivi sur place par Alain et moi-même de la bonne utilisation des fonds récoltés ont été déterminants dans la collecte.

 

        

             

Arrivée des nouveaux bateaux &  Type de bateau de Denuwala

 

 Le Rêve

Dans ses contacts fréquents avec Yannick POIRIER, Alain LARRIEU avait investi tout son capital confiance. Mieux il avait décidé, sur ses propres deniers, de se rendre sur place avec son épouse Josyane, pour ses premières vacances de retraité à l'extérieur de nos frontières, afin d'assurer le suivi de son initiative. Initiative reÎayée par la Mairie et le SIVOM Côte-Sud, avec la constitution d'un comité de parrainage sous la haute autorité du député-maire Jean-Pierre DUFAU, comprenant:

- Mairie de Capbreton
- Claude JAUNIN (Sivom Côte-Sud)
- Michel CASTETS ( M.A.C.S. communauté de communes)
- Philippe BOUVET ( Union Nautique du Port de Capbreton)
- Pierre STEPHAN ( Association des Usagers du Port)
- Patrick LAF ARGUE (Syndicat des pêcheurs professionnels
- M.TERZIAN (Association des commerçants de Capbreton)
- Alain LARRIEU ( président du Secours populaire local)
- Jean LARTIGUE ( usager du port).

Un consensus se dégage autour de l'idée, en tant que port de pêche de venir en aide à un village de pêcheurs, et ce, à travers l'association « Aidons MIDIGAMA » dont le siège se trouve à la mairie de GUESNOU dans le FTNISTERE. Les fonds sont gérés par la soeur et le beau-frère de Yannick POIRIER, employés de banque, ce qui nous facilite, mais surtout nous conforte dans le sérieux de la gestion. Nous verrons par la suite que nous avons fait le bon choix.

Il est décidé de placer une urne à la Capitainerie pour recevoir les chèques libellés à l'ordre «SIVOM Côte-Sud. Asie du Sud » après conseil du Receveur des finances du port, lequel procédera à l'ouverture de la dite urne, en présence de Madame JAUNIN, d' Alain LARRIEU, de Jean LARTIGUE, pour récupérer les dons. Monsieur DEMABRE, puisque c'est de lui qu'il s'agit, au terme global de l'opération comptabilisera la somme de 29.462,52 euros. A cela, s'ajoute la collecte réalisée en mairie par le Secours populaire pour un montant de 10.000 euros.

Je me propose (« accrédité » SIVOM) pour accompagner Alain LARRIEU qui, bien que président du S.P.F de CAPBRETON, agit à titre individuel, profitant de l'occasion pour amener sa femme Josyane en vacances hors de FRANCE, pour la première fois. II ne reste plus qu'à prendre nos billets, sur nos propres deniers s'entend.

Le départ pour COLOMBO, capitale du SRI LANKA, ex CEYLAN, via PARIS est fixé au 27 février à BIARRITZ d'où nous décollons à 11h. Après un voyage riche en problèmes liés à notre manque d'expérience concernant ce genre de transfert, dans un avion à moitié vide où seuls les humanitaires avaient pris place avec quelques journalistes, les touristes faisant cruellement défaut, nous atterrissons à COLOMBO. Là, les ennuis continuent car nous avons tout simplement oublié nos fiches d'immigration à bord, et donc refoulés. Obligation de remplir à nouveau des papiers.

Ensuite pour récupérer les bagages, problème. Le tapis roulant qui passe et repasse ne transporte pas nos valises, jusqu'à ce qu'une employée vienne nous signaler un autre tapis où trois valises n'ont toujours pas trouvé preneur. Ouf ! ce sont les nôtres.

Nous pensons que nous en avons fini avec la guigne et sortons de l'aéroport pour rejoindre le taxi qui est censé nous recueillir pour rallier MJDIGAMA distant de 150 kms. Nous apercevons bien des cartons brandis appelant un tel ou un tel. Point de LARRIEU, LARTIGUE. Un quart d'heure passe, une demi-heure, une heure" Alain appelle alors Yannik POIRJER ( il est 6 h locale), et là tout devient clair. Le taxi était bien là, oui mais avec un panneau Philippe DERIEUX ( pour Alain LARRlEU). Re Ouf !

Nous voilà donc embarqués pour cinq heures de taxi (pour 150 kms) que nous allons mettre à profit afin de jauger la véritable ampleur des dégâts. La télévision nous a surtout montré les zones touristiques et les hôtels où résidaient les européens. Par contre, peu de reportages sur la disparition des milliers de cabanes de pêcheurs situées au bord de l'océan pour que ceux-ci puissent sortir sur leurs embarcations dés que la mer le permet, mais aussi pour surveiller les dites embarcations et leur matériel de pêche. Sans oublier que la vente du poisson, au retour de la pêche se fait au bord de la route qui suit tout le rivage de l'île. Même vision qui se répète tout le long du trajet, sans interruption, jusqu'à notre arrivée à MIDIGAMA où nous séjournerons une dizaine de jours, chez l'habitant.

 

L'accueil chaleureux des gens nous fait quelque peu oublier nos petits tracas, nous oblige à relativiser nos légers soucis. Surtout, c'est ce sourire qui vous interpelle en permanence comme si ce qu'il leur est arrivé, cette fatalité en fait n'était que l'expression d'une volonté divine contre laquelle nous, humbles humains, sommes les victimes programmées.

Passés ces instants pleins d'émotion, nous prenons possession de nos chambres respectives. Visite des alentours, dans un cadre luxuriant où varans, gros lézards, écureuils partagent les lieux avec les traditionnelles vaches sacrées

 dont certains fidèles ont « racheté »la vie à l'abattoir, alors qu'elles étaient destinées à la mort. Les plus heureux étant les corbeaux et corneilles qui s'emploient à les débarrasser des mouches, alors qu'elles font la sieste sous les cocotiers par une température avoisinant les 40° à l'ombre.

 

 

Cela nous promet des conditions de « travail » particulièrement chaudes. Il faudra se lever tôt, n'est-ce pas Alain ?

                  Alain Larrieu

 

De toute façon, l'objectif avoué de notre présence est avant tout de nous assurer de la bonne utilisation des fonds recueillis. Nous faisons donc avec Yannick POIRIER un rapide état de l'évolution du projet. Il est nécessaire de rappeler que sans sa sollicitation, mais surtout sans ses nombreuses démarches, rien n'aurait été possible.

 

Parlant le srilankais, mais aussi l'anglais, il a su convaincre les fabricants de bateaux et les importateurs de moteurs de s'engager dans notre projet alors que le financement était en cours d'élaboration. A CAPBRETON, Alain LARRIEU, en contact permanent avec Yannick,était informé de l'avancée des travaux.


Donc, dès notre arrivée, nous apprenions de la bouche de Yannick, l'imminence de la livraison des premiers bateaux. Il faut dire que les conditions de transport sont assez déplorables, cinq jours pour faire 200kms ! Aussi, quand les deux camions se sont présentés à MIDIGAMA, a]ors qu'avec la famille LARRIEU nous marchions sur la route, fixant sur nos appareils toutes ces images horribles, je n'ai pu m'empêcher de faire un signe de victoire, et verser des lames de joie que je n'arrive toujours pas à contenir à 1 'heure où j'écris ces lignes.


Le rêve prenait corps, et ce n'était qu'un début car l'attribution des bateaux aux pêcheurs allait prendre une dimension insoupçonnée au niveau de l'intensité émotionnelle. Des larmes de bonheur, mêlées à ces sourires qui nous accompagnaient depuis notre arrivée, comme si le tsunami n'avait jamais existé. Ces réceptions, chez ]es pêcheurs totalement démunis nous offrant les quelques fruits qu'ils avaient cueillis dans la nature environnante, les coca-cola achetés (fort chers) pour l'occasion, la présence des « anciens » trop heureux de participer à pareille fête, tout cela s'inscrit en lettres indélébiles au plus profond d'un être doté d'un coeur dirons-nous normal.


C'est à ce moment que j'ai réalisé que notre aventure prenait fin, que l'objectif était atteint et que nous allions, avec nos amis Yannick POIRIER, mais aussi Mathieu de la boutique RIP-CURL d'HOSSEGOR, de Nicolas le « surfeur » de SEIGNOSSE , du Docteur NGUYENG de l'hôpitaJ de BAYONNE ( il réside à HOSSEGOR, et il intervient l'été sur nos plages avec l'hélicoptère), de l'infirmier Marc LAPEYRE ( de l'hôpital bayonnais), sans oublier nos hôtes srilankais, nous allions donc pouvoir faire couler à flots l'ARRACK (alcool de palme local) offert par Alain, et prendre enfin quelques moments de détente, sur la plage toute proche où nous étions, hélas, les seuls européens.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le CAPBRETON

 

 et ses heureux propriétaires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

A notre retour, nous apprenions avec satisfaction que des communes qui ne figuraient pas dans les relevés des urnes avaient voté des participations à notre action.
Ainsi, LABENNE a alloué 2000 euros, SORE 1000 euros, ORX 500 euros, SAINTE-MARIE de GOSSE 150 euros, enfin SAINT -DIDIER du BOIS 1500 euros.

A toutes et à tous, du plus modeste au plus généreux, nous adressons les plus sincères remerciements des victimes du tsunami de la région de MIDIGAMA. Grâce à vos dons, nous avons redonné espoir aux 300 survivants des 600 habitants du port de pêche. Les quinze bateaux que vous nous avez permis de 1eur donner vont nourrir 75 familles de pêcheurs, c'est à dire l'ensemble des survivants.

Pour autant, tout n'est pas résolu. L'école n'a pas de téléphone ( coût 3000 euros), et si un enfant se blesse, impossible de contacter un médecin. De plus, l'unique taxi susceptible de transporter un blessé a été détruit. Il reste des petites choses à faire, que dans le cadre du parrainage, toujours en relation avec Yannick POIRIER, et Alain LARRIEU, nous allons essayer de résoudre dans la mesure de nos moyens.

  

Yannick POIRIER

Jean Lartigue

 


 

DOSSIER DE PRESSE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        RECAPITULATIF FINANCIER DE L'ACTION

  

 

 

 

 

 

dossier Jean Lartigue

 

Tous droits reservés cotesud-histoire 2017 - Site propulsé par IzyWeb - Mentions Légales
  • Haut de page
  • Ajouter aux favoris
  • Gestion du site
  • Imprimer la page
  • Ecrire au webmaster