UN DES PLUS GRANDS NOMS DE LA LITTÉRATURE RUSSE À CAPBRETON

CONSTANTIN BALMONT

 Renée Destribats

Des Capbretonnais peuvent encore se souvenir d'une silhouette surprenante passant dans les rues du bourg, entre les deux guerres.


A Hossegor, à cette époque-là, on voyait un afflux de personnes inconnues au village. Constantin Balmont, lui, était vraiment un étranger, et il avait choisi Capbreton, on savait qu'il était russe. Mais on n'aurait pas pu en dire beaucoup plus sur lui.
C.Balmont a eu un destin étrange, et étranges aussi sont les péripéties qui ont permis de l'identifier et de retrouver des traces de son passage chez nous (environ de 1927 à 1932).

Lors de son départ, il confia à un garde-meuble une malle. Dès qu'il aurait trouvé un nouveau domicile, il communiquerait son adresse afin qu'on lui fasse suivre ce bagage. Les propriétaires du garde-meuble (mes parents), ne reçurent jamais cette adresse.

Avec la guerre, tout espoir de l'obtenir semblait vain. La malle fut donc ouverte, vers 1943, ne serait-ce que pour chercher quelques indices. Elle contenait de nombreuses revues slaves. on y voyait des photos de Balmont accueilli avec des bouquets de fleurs. Il y avait aussi de la correspondance, en grande partie en langue étrangère, et des livres. Nous fimes des prélèvements pour essayer d'identifier cet énigmatique Balmont. Tous les mystères qui l'entouraient ont enchanté mon adolescence pendant la période sombre de la fin de la guerre. Puis je quittai Capbreton où, pendant plus de vingt ans, je ne revins que pendant les vacances.
Pourtant, il y eut assez rapidement un moment où les documents de la malle auraient pu être expliqués et sauvegardés. J'étais enseignante à Sarcelles, et un de mes collègues était en relations avec des Soviétiques. Je lui passai une plaquette de vers de Balmont éditée en France, peut-être à compte d'auteur, il 1'envoya à ses correspondants. La réponse fut que c'était un poète bourgeois et "décadent", donc sans intérêt.
Par la suite, je trouvai des renseignements dans le "Dictionnaire des Lettres". Je sus ainsi que Balmont était un écrivain important.

 

Puis, toujours dans les années 60, fut publiée une anthologie de la poésie russe par Katia Granoff  où je pus enfin lire des traductions des poèmes de Balmont. Et un livre récent de Nina Berberova intitulé "C'est moi qui souligne"  m'a permis d'en savoir plus long. De ces différentes sources, il ressort ceci: : Constantin Balmont naquit en 1867 dans le district de Vladomir, en Russie où son père était un riche propriétaire, avec tout ce que cela comporte, puisque le servage ne fut aboli qu'en 1861 en Russie.
Il fit des études brillantes, apprenant, entre autres choses, le français et l'anglais. Il entra à la Faculté de Droit de Moscou mais fut expulsé pour avoir pris part à des émeutes d'étudiants.
Il se mit à écrire et subit l'influence des symbolistes français. En 1900, C.Balmont est déjà un poète célèbre. Tous les critiques littéraires reconnaissent sa virtuosité et l'extrême harmonie de son lyrisme. Les traductions ne peuvent malheureusement pas nous les transmettre pleinement.
C.Balmont accomplit de longs voyages. Il était attiré particulièrement par les régions primitives de l'Océanie... Rentré en Russie, il participa aux mouvements révolutionnaires. Quand éclata la révolution communiste, il l'acclama et lui prêta son concours, Mais, par la suite, il en vit les abus. Ayant été envoyé par le gouvernement Soviétique en mission culturelle en Europe, en 1920, il préféra ne pas rentrer dans son pays.

Il s'installa d'abord à Paris.

 

Balmont et ses amis:

Poliakov, historien et Baltrusaitis, historien de l'art lituanien

 

La période du symbolisme était passée et on ne peut pas dire que les intellectuels Français l'accueillirent spontanément. Il était devenu un émigré obscur, ayant des difficultés à s'intégrer dans un milieu différent et à trouver des ressources régulières. Il avait atteint la cinquantaine et ne pouvait obtenir un emploi.
Des amis Français lui conseillèrent d'aller s'établir en province. Il y trouverait le calme et des conditions d'existence moins chères que dans la capitale. Qui lui parla de la côte landaise ? On ne sait. A Cette époque, Hossegor se lançait. Mais ce n'est pas là qu'il se fixa. Il choisit Capbreton.
Constantin Balmont était marié avec une compatriote, Hélène Tsvetkowsky.  Ils louèrent en 1927 à Capbreton une petite maison :"' Little cottage". Ils résidèrent aussi à la villa "Pourquoi pas??. Ce nom lui plaisait, et, de là, il pouvait facilement aller à pied à ce que nous appelions" la Plage sauvage", la plage sud alors déserte.
Il s'est peu, ou pas du tout, mêlé aux hôtes d'Hossegor. Il n'avait pas les mêmes moyens qu'eux, ni les mêmes préoccupations. Il eut au moins deux correspondants français, tous deux écrivains mais fort différents : Alphonse de Châteaubriant et Philéas Lebesgue.
Alphonse de Châteaubriant (l877-1951 ), obtint le prix Goncourt en 1911 pour son roman "Monsieur des Lourdines". Il écrivit aussi " La Brière", dont l'action est située dans ce marais, au nord de l'embouchure de la Loire. Il reçut Balmont chez lui, en Vendée. Pendant la 2° guerre mondiale, Châteaubriant collabora avec les nazis, participant à une revue allemande.  A la libération, il quitta la France et mourut en Autriche.
Philéas Lebesgue était un poète-paysan estimé. Il habitait un village de l'Oise, La Neuville-Vault et vivait en communion avec la nature. Ses poèmes clairs et sans artifices ont longtemps figuré dans des ouvrages scolaires. Il savait qu'il ne pourrait pas tirer des revenus suffisants de sa plume, et il garda son exploitation agricole. Il aida à organiser des conférences où Balmont prit la parole.
La notoriété du poète russe restait limitée en France. Mais il ne gardait pas le silence. Grâce à Nina Berberova, nous savons qu'il essaya d'alerter l'opinion sur ce qui se passait en Russie. En 1928, avec un autre écrivain réfugié russe, Ivan Bounine,(prix Nobel 1933), il entreprit une campagne pour attirer l'attention des intellectuels français sur le sort des artistes restés en Russie. Leur action resta ignorée du grand public. Mais Romain Rolland (l866-1944-Prix Nobel 1915), intervint. Il exprimait un grand idéal humanitaire et suivait avec espoir -de loin- les expériences marxistes. Il reprocha à Bounine et Balmont d'avoir une attitude réactionnaire.
Puis il crut bon de demander son avis à Maxime Gorki (l868-1936). Celui-ci se trouvait alors en Italie. Il était d'une tout autre origine que Balmont. Son enfance et son adolescence avaient été très dures, et il avait exercé beaucoup de métiers. Il était marxiste et affirma que tout allait bien dans son pays. Il couvrit d'injures Bounine et Balmont, accusant ce dernier d'être un vieil ivrogne.

Il faut dire que les Capbretonnais partageaient un peu cette opinion. Ils avaient vu, plus d'une fois, le Russe tituber, c'était disaient-ils, un point commun avec d'autres ?artistes? qui venaient découvrir la région; la notion d'artiste étant opposée à celle d'honnête travailleur.

Les Balmont se lassèrent de Capbreton où ils étaient très isolés. Sans doute, en rentrant à Paris, espéraient-ils retrouver la présence et l'aide de compatriotes immigrés. Nina Berberova nous dit, sans citer spécialement Balmont, que beaucoup d'exilés russes erraient d'un endroit à l'autre, laissant en chemin des bagages qu'ils ne pouvaient pas faire suivre. Constantin Balmont quitta Capbreton au début des années 30 et mourut dans la région parisienne. Certains disent en 1942, d'autres, en 1943, dans l'oubli et la misère.

Renée DESTRIBATS

 

 - D'après un P.V pour " défaut de visa" en janvier 1930. Trouvé par Mme Bellenguez.

 - D'après des lettres trouvées dans la malle qui a aujourd'hui disparu. 

 


COMPLÈMENT : Cette carte anniversaire éditée en 1992 confirme bien le décès de Constantin Balmont en 1942.

 Relevé par Anne-Marie Bellenguez

 

 

Capbreton. "1930.Procès-Verbal dressé à BALMONT Constantin. Sujet russe et à son épouse née TSVETKOWKY Hélène, de nationalité russe.
Infraction à l'article 10 du 10 juillet 1929. Défaut de visa de départ. Procès-Verbal dressé le 11.01.1930. Envoi à l'enregistrement le 11.01.1930.

Envoi au juge de paix le 16.01.1930."                                      

 Relevé par Anne-Marie Bellenguez

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